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Mot du Président
fghanistan, Somalie, Irak, Congo, Sahel… L’actualité de ce début d’année a souvent été tragique pour les envoyés spéciaux dans le monde.
Certains ont été pris en otages par des groupes mal identifiés, d’autres ont été blessés ou tués. Ces évènements sont préoccupants car ils démontrent une nouvelle fois que ce métier est dangereux, surtout si on veut le faire au plus près de l’évènement, comme l’exigent la passion et l’honnêteté professionnelles. La carte de presse est tout sauf une garantie de sécurité.
De nombreux responsables politiques et militaires ont parfois tendance à reprocher aux journalistes d’aller se fourrer dans des situations impossibles, trop risquées. Certains nous conseillent même d’éviter des zones jugées dangereuses. Ils se disent agacés de devoir mettre en oeuvre de gros moyens (en hommes et en finances) et de risquer des vies pour aller rechercher des confrères en perdition. C’est vrai. On peut les comprendre. On doit surtout remercier et rendre hommage aux agents français concernés, civils et militaires, pour leur engagement jamais démenti et pour leur efficacité discrète, si rarement récompensée, en tout cas publiquement.
Mais ils doivent aussi savoir que l’exigence et la raison d’être de notre métier de grand reporter (au moins pour les volontaires pour les théâtres de crise) consistent justement à aller chercher l’information sur le terrain, pour comprendre, témoigner et raconter, là où tant de « forces obscures » voudraient qu’on se taise, pour pouvoir continuer à piller, massacrer, violer en toute impunité. C’est l’honneur de notre métier de continuer à partir, malgré les risques, pour raconter le monde tel qu’il est, pour donner du sens au fatras d’informations que le monde génère à chaque seconde.
Cette exigence de l’information et de la vérité a une contrepartie absolue. Tous les reporters (salariés, indépendants, pigistes), qu’ils soient correspondants locaux ou envoyés spéciaux, doivent impérativement partir travailler ou s’installer au terme d’une solide préparation physique, matérielle et intellectuelle à la mission, assorti d’un devoir de responsabilité du journaliste et de sa rédaction en chef. C’est une condition essentielle pour conquérir et garder sa crédibilité auprès du public, en tout cas aux yeux des militaires et de tous ceux qui pourraient avoir un jour à venir nous chercher…
Avant de partir, chacun doit donc impérativement évaluer et connaître les risques du terrain, ses propres limites et se préparer (ou se former si nécessaire), en s’entourant d’avis, de conseils, de précautions. Les militaires qui nous connaissent bien sur le terrain le savent. Dans ce métier, ni les têtes brûlées ni les mythos ne font jamais long feu.
Frédéric Pons, janvier 2010
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